Des députés lors des débats sur le projet de loi de finances pour 2027, à l’Assemblée nationale, le 14 octobre 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )
Noms d'oiseaux et plaidoyers vibrants : les députés se sont écharpés vendredi autour de la taxe Zucman, transformant le débat sur l'imposition des grandes fortunes en une confrontation sur la justice fiscale déjà tournée vers la présidentielle, avant de rejeter plusieurs propositions de la gauche.
Les députés ont notamment repoussé des amendements instaurant un impôt minimum sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros, sur le modèle défendu par l'économiste Gabriel Zucman. Plusieurs propositions visant à rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ont également été rejetées.
La taxe Zucman vise à garantir que les quelque 1.800 foyers fiscaux les plus fortunés acquittent chaque année un montant d'impôts équivalent à au moins 2 % de leur patrimoine net, en tenant compte des impôts déjà payés.
Elle inclurait notamment leurs participations dans les entreprises, contrairement à l'ancien ISF, supprimé en 2018 et remplacé par un impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Ses défenseurs estiment qu'elle pourrait rapporter entre 15 et 25 milliards d'euros par an, une évaluation contestée.
Au fil des interventions, les discussions ont largement dépassé ce mécanisme fiscal pour devenir un affrontement sur le bilan des années Macron.
"Ce moment taxe Zucman (...) catalyse ce qui nous oppose", a lancé l'écologiste Benjamin Lucas-Landy, mettant en balance "dix années d'offrandes fiscales" avec un "besoin de justice sociale alors que la pauvreté augmente", à la veille d'une vaste mobilisation des gilets jaunes et "gilets jeunes" à travers la France.
"Vous êtes comme Cronos, c'est-à-dire ce monstre qui dévorait ses enfants", a taclé plus tard le député Renaissance Daniel Labaronne, défendant les baisses d'impôts menées depuis dix ans, au nom de la "croissance" et de "l'emploi".
"Justice"
La foire d'empoigne a vu Emmanuel Maurel (GDR) ironiser sur la "candeur" de M. Labaronne dans sa défense du bilan macroniste, tandis que Gérault Verny (UDR) a accusé les pro-Zucman d'être des "clowns".
"Pourquoi ceux qui possèdent le plus peuvent-ils parfois proportionnellement contribuer le moins ?", a interrogé le socialiste Mickaël Bouloux, répétant que les propositions de la gauche ne relevaient pas seulement des enjeux de recettes budgétaires ("même si on en a besoin"), mais d'une question de "justice" et d'"égalité républicaine".
Au pied des travées, Philippe Juvin (LR), rapporteur général du budget, a multiplié les mises en garde contre les propositions de la gauche, entre risques d'inconstitutionnalité et conséquences économiques.
Le rétablissement de l'ISF n'atteindrait "pas la bonne cible", selon lui : il épargnerait une partie des plus grandes fortunes, dont le patrimoine est surtout constitué d'actions dans leurs entreprises, exonérées sous certaines conditions par l'ancien impôt.
Mais taxer ces actions risquerait de "tuer l'activité économique, l'innovation", a-t-il prévenu.
Et contre-argument fréquent, il a évoqué le risque d'un départ des grandes fortunes de France.
"Elections"
Au milieu de ces affrontements, Jean-Paul Mattei (MoDem), qui avait lui-même défendu l'an dernier une réforme de l'impôt sur la fortune, s'est dit "un peu gêné" de voir un tel débat se tenir à l'occasion de l'examen du budget.
"C'est un vrai débat de société", a-t-il estimé, "on l'aura l'année prochaine".
Même le Rassemblement national, opposé à la taxe Zucman mais favorable à une autre forme d'imposition de la fortune, a reconnu l'impasse des discussions. "On s'expliquera aux élections", a lancé à la gauche Jean-Philippe Tanguy.
L'Assemblée avait déjà adopté en février 2025 une proposition de loi instaurant la taxe Zucman, avant son rejet au Sénat.
Près de 3.000 amendements restent à examiner sur la première partie du budget, consacrée aux recettes de l'Etat, rendant très improbable le vote sur ce volet théoriquement prévu mardi.

2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer